Temps de lecture : 4 min

3.5. La pensée libre

  • On est des bandits de grand chemin. On arrête les diligences et les voitures sur la route, masqués, on tue les gens et on prend leurs montres et leur argent.
  • Est-ce qu’il faut toujours tuer les gens ?
  • Oh, pour sûr. C’est ce qu’il y a de mieux. Certains spécialistes ont une autre opinion, mais le plus souvent on dit qu’il vaut mieux les tuer. Sauf quelques-uns qu’on amène à la grotte et qu’on garde jusqu’à ce qu’ils soient
    rançonnés.
  • Rançonnés ? C’est quoi ?
  • J’en sais rien. Mais c’est ce qu’ils font. J’ai lu ça dans les livres ; et alors, naturellement, c’est ce que nous devons faire.
  • Mais comment on peut le faire si on sait pas ce que c’est ?
  • Mais bon sang, on est obligés de le faire. Je vous ai bien dit que c’était dans les livres, non ? Est-ce que vous voulez tout faire différemment de ce qu’on dit dans les livres, et finir par tout mélanger ?
  • Oh, tout ça c’est bien joli à dire, Tom Sawyer, mais, enfer et abomination, comment qu’on va rançonner ces gens si on sait pas comment le leur faire ? C’est ça que moi je veux dire. Bon, à ton avis, c’est quoi, ce truc ?
  • Eh bien, j’en sais rien. Mais peut-être que si nous les gardons jusqu’à ce qu’ils soient rançonnés, ça veut dire jusqu’à ce qu’ils soient morts.
  • Eh bien, ça c’est quelque chose. Ça me va. Pourquoi t’as pas dit ça tout de suite ? On va les garder jusqu’à ce qu’ils soient rançonnés à mort – et c’est sûr qu’ils vont nous enquiquiner, en plus, ils mangeront tout et chercheront tout le temps à s’évader.
  • Comme tu causes, Ben Rogers. Mais comment tu veux qu’ils s’évadent alors qu’il y aura un garde, prêt à les abattre dès qu’ils bougent le petit doigt ?
  • Un garde. Ah, elle est bonne. Alors quelqu’un devra rester éveillé toute la nuit sans dormir, juste pour les surveiller. Je trouve ça idiot. Et pourquoi on prendrait pas un gourdin pour les rançonner dès qu’ils seront arrivés ici ?
  • Pasque c’est pas comme ça dans les livres – voilà pourquoi. Bon, maintenant, Ben Rogers, tu veux faire les choses comme il faut ou pas? – c’est ça le truc. Tu crois que les gens qui font les livres, ils savent pas comment les choses doivent être faites? Tu crois que toi, tu peux leur apprendre quelque chose ? Mais certainement pas. Non, monsieur, on va simplement les rançonner comme il faut.

Mark Twain, Les aventures de Huckleberry Finn (1884)

La femme ou l’homme qui se redresse et décide d’écrire sa propre vie au travers de chacune des décisions qu’il ou elle prend, reste confronté à la même, éternelle, alternative : dans cette situation où je dois décider de ma prochaine action, vais-je me conformer à un modèle ou vivre le vertige de l’expérience nouvelle ?

Le travail préconisé sert d’entraînement à une vie puissante et dynamique, une Grande Santé nietzschéenne. En élucidant nos motivations, en identifiant nos biais de pensée, nous pouvons nous approprier -aux trois niveaux de notre délibération (cerveau, psyché, idées)- une vision moins truquée de notre monde, des mondes de chacun de nos frères humains et veiller à nous construire un sentiment d’être à notre place, sans œillères. En d’autres termes : puissants, libres et… satisfaits !

Chapitre 3

Les formes symboliques,
où il est suggéré de faire de l’ensemble des discours et des fabulations humaines de simples objets de pensée et de s’y intéresser avec discernement

Temps de lecture : 4 minutes

Notes de rédaction

  • Les oreilles bien dégagées, face au vertige
  • Conformité ou expérience
  • Tout m’est koân !

Ressources

    Illustrations

    FRIEDRICH C.D., Le Voyageur contemplant une mer de nuages (Der Wanderer über dem Nebelmeer, détail, 1818) © Kunsthalle Hamburg